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11 septembre 2026·Article mis à jour le 29 septembre 2026·5 min de lecture·Par Camille Herbelot

Repos compensateur BTP : le compteur qui se remplit quarante heures avant celui des autres

Les sources sont citées section par section. Montants de salaire : estimations de l'éditeur, sauf mention contraire.

Le contingent du bâtiment s'arrête à 180 heures, pas à 220

Le droit commun autorise 220 heures supplémentaires par an avant de déclencher quoi que ce soit (art. D3121-24 du Code du travail, identifiant Légifrance LEGIARTI000033509251). Les accords nationaux BTP des 9 septembre et 6 novembre 1998 retiennent 180 heures pour les ouvriers du bâtiment (IDCC 1596 et 1597), ramenées à 145 en cas d'annualisation du temps de travail. La convention ETAM du bâtiment (IDCC 2609) reprend le même contingent de 180 heures. L'avenant du 7 mars 2018 qui l'avait porté à 265 heures a été annulé en justice, et le retour aux valeurs antérieures a été confirmé par la Cour de cassation le 15 janvier 2025.

Quarante heures d'écart, ça paraît anecdotique. En pratique, quatre heures supplémentaires par semaine sur quarante-cinq semaines travaillées suffisent à atteindre 180 heures. Un compagnon qui finit régulièrement ses journées à 18 h franchit donc le seuil dans l'année, sans rien faire d'exceptionnel, quand le même rythme laisserait un salarié du droit commun encore sous son plafond.


Repos de remplacement et contrepartie obligatoire : ce ne sont pas les mêmes heures

Repos de remplacement et contrepartie obligatoire : ce ne sont pas les mêmes heures
Repos compensateur de remplacementContrepartie obligatoire en repos
DéclencheurUn accord collectif le prévoit, à la place du paiementFranchissement du contingent annuel
Effet sur la paieRemplace la majorationS'ajoute à la majoration, qui reste due
VolumeÉquivalent à l'heure majorée50 % des heures hors contingent jusqu'à 20 salariés, 100 % au-delà
Comptage dans le contingentLes heures ainsi remplacées n'y entrent pasSans objet, le contingent est déjà franchi

Le premier relève de la négociation collective (art. L3121-33, LEGIARTI000038610166). Le second est une obligation légale qu'un accord peut améliorer mais jamais supprimer (art. L3121-30, LEGIARTI000033020367), avec des taux supplétifs fixés à l'art. L3121-38 (LEGIARTI000038610163). Confondre les deux revient à se croire compensé alors qu'on a seulement été payé autrement.


Le compteur existe, et il arrive avec la fiche de paie

C'est le point que la plupart des salariés ignorent. L'employeur ne se contente pas de tenir le décompte : il doit le communiquer par un document annexé au bulletin de paie (art. D3171-11, LEGIARTI000019725811). Dès que le cumul atteint sept heures, ce document doit en plus porter une mention rappelant l'ouverture du droit et le délai pour en profiter.

Sept heures, c'est aussi le seuil d'ouverture du droit à prise (art. D3121-18, LEGIARTI000033516401). En dessous, les heures s'accumulent sans être posables. Au-dessus, le compteur devient exigible, et le repos se prend dans les deux mois.

Rien de tout cela ne figure dans le tableau du bulletin. Cherchez la feuille jointe.


Poser le repos : qui demande quoi, dans quel délai

•Demande du salarié au moins une semaine à l'avance, en précisant date et durée (art. D3121-20, LEGIARTI000036483454).
•Réponse de l'employeur dans les sept jours.
•Report possible pour impératifs de fonctionnement, mais plafonné à deux mois (art. D3121-22, LEGIARTI000033509158).
•Si le salarié ne demande rien, l'employeur dispose d'un an pour lui demander de prendre son repos (art. D3121-17, LEGIARTI000033925156).

Ce dernier point mérite d'être lu deux fois. L'inertie du salarié ne fait pas disparaître le droit, elle transfère l'initiative à l'employeur.


Fin de chantier, fin de contrat : le repos se transforme en argent

Le BTP enchaîne les CDI de chantier, les CDD et les missions d'intérim, donc la question se pose plus souvent qu'ailleurs. Quand le contrat prend fin avant la prise du repos, le salarié perçoit une indemnité en espèces correspondant aux droits acquis (art. D3121-23 du Code du travail, LEGIARTI000033509163).

Un exemple chiffré vaut mieux qu'un principe. Ouvrier payé 14 € brut de l'heure, entreprise de plus de vingt salariés, 20 heures effectuées au-delà du contingent : ces 20 heures sont payées avec leur majoration habituelle, et elles ouvrent en plus 20 heures de contrepartie en repos, puisque le taux est de 100 % à cet effectif (art. L3121-38). Si le chantier se termine avant qu'elles soient prises, elles se règlent en espèces, soit 280 € bruts d'indemnité qui viennent s'ajouter aux majorations déjà versées. Le calcul des majorations elles-mêmes est détaillé dans notre article sur les heures supplémentaires dans le BTP, et le compteur de repos du calculateur d'heures supplémentaires applique le contingent de chaque statut, retire les heures compensées en repos de remplacement et déduit le repos déjà pris. Ce contingent est la seule durée que la convention rattache directement au statut : les jours de repos que certains salariés voient à côté, eux, relèvent d'un accord d'aménagement du temps de travail, qui obéit à une logique distincte.


Trois ans pour réclamer, et une seule preuve utile

Une créance de salaire se réclame pendant trois ans devant le conseil de prud'hommes (art. L3245-1). Le compteur de repos compensateur, lui, se prouve par les documents annexés aux bulletins de paie : les conserver reste la seule façon de reconstituer un cumul contesté des années plus tard. Le glossaire de la paie BTP reprend le vocabulaire employé par les accords, et la page conventions collectives situe le contingent dans l'ensemble des règles de durée du travail applicables à la branche.


⚠ Article fourni à titre informatif et indicatif uniquement. Les informations juridiques et chiffrées présentées sont issues de sources officielles à la date de publication, mais peuvent évoluer. Elles ne constituent pas un conseil juridique, financier ou professionnel personnalisé. Pour votre situation individuelle, consultez un avocat, votre syndicat ou l'Inspection du Travail.
Sources : offres d'emploi France Travail / Batiactu / Indeed, conventions collectives BTP (Légifrance), organismes de qualification (Qualibat, Qualifelec), INRS. Données indicatives, non contractuelles.

Questions fréquentes

À partir de combien d'heures supplémentaires ai-je droit à un repos compensateur dans le bâtiment ?

La contrepartie obligatoire en repos se déclenche au franchissement du contingent annuel, fixé à 180 heures pour les ouvriers du bâtiment par les accords nationaux BTP des 9 septembre et 6 novembre 1998 (IDCC 1596 et 1597) et à 180 heures également pour les ETAM (IDCC 2609), contre 220 heures en droit commun (art. D3121-24). En cas d'annualisation du temps de travail, le contingent tombe à 145 heures. Le droit de poser le repos, lui, s'ouvre quand le compteur atteint sept heures (art. D3121-18).

Où voir combien d'heures de repos compensateur j'ai accumulées ?

Sur un document annexé au bulletin de paie, pas sur le bulletin lui-même (art. D3171-11 du Code du travail). Dès que le cumul atteint sept heures, ce document doit en plus porter une mention rappelant l'ouverture du droit et le délai de deux mois pour en profiter. Un employeur qui ne communique pas ce décompte ne fait pas disparaître les droits acquis.

Que devient le repos compensateur non pris si je quitte l'entreprise ?

Il se transforme en argent. Lorsque le contrat de travail prend fin avant que le salarié ait pu prendre son repos, il reçoit une indemnité en espèces correspondant à ses droits acquis (art. D3121-23). La question se pose souvent dans le BTP, où les fins de chantier, les CDD et les missions d'intérim interrompent les compteurs en cours.