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Travailleur détaché dans le BTP : quel salaire est réellement dû

Minima de branche et non SMIC, frais de déplacement en sus, caisses de congés et intempéries : ce que le chantier français impose malgré le contrat étranger

Un salarié détaché sur un chantier français par une entreprise établie à l'étranger n'est pas payable au SMIC parce qu'il vient d'ailleurs. Le Code du travail lui applique la rémunération de la branche où il travaille — grille conventionnelle, majorations d'heures supplémentaires comprises — et y ajoute les remboursements de frais. Dans le BTP, il impose même l'affiliation aux caisses de congés et d'intempéries.

Le « noyau dur » : les règles françaises qui s'imposent malgré le contrat étranger

L'article L1262-4 énumère onze matières sur lesquelles la loi française prime, sans considération du droit applicable au contrat de travail. Quatre d'entre elles décident du montant qui doit figurer sur le bulletin.

Matières du noyau dur de l'article L1262-4 déterminant la rémunération d'un salarié détaché
PointMatièrePortée sur le chantier
Durée du travail, repos, jours fériés, congés annuels payésLa durée légale française et les majorations d'heures supplémentaires s'appliquent, quelle que soit la loi du contrat d'origine.
Conditions d'assujettissement aux caisses de congés et intempériesLe point qui distingue le BTP de tous les autres secteurs : l'entreprise étrangère relève du régime des caisses, comme une entreprise française.
Rémunération, paiement du salaire, majorations pour heures supplémentairesRémunération au sens de l'article L3221-3 : pas seulement le SMIC, mais l'ensemble de ce qui est dû dans la branche.
11°Remboursements de frais professionnelsTransport, repas, hébergement supportés pendant la mission : ils sont dus en plus du salaire, jamais à la place.

Minima de branche, pas SMIC

Le 8° vise la rémunération au sens de l'article L3221-3, c'est-à-dire le salaire de base et tous les avantages payés directement ou indirectement en raison de l'emploi. Un coffreur détaché sur un chantier de gros œuvre relève donc de la grille applicable localement, au même titre qu'un salarié embauché en France : celle des ouvriers du bâtiment, déclinée par région et par niveau. Les montants en vigueur sont consultables sur notre grille de salaire BTP et, pour les travaux publics, sur la grille TP. Un paiement au SMIC alors que le minimum conventionnel du niveau est supérieur constitue un manquement, même si le contrat d'origine est régi par le droit d'un autre État membre.

Paniers et déplacements : en plus du salaire, jamais à la place

Le 11° de l'article L1262-4 est rédigé sans ambiguïté : les remboursements effectués au titre des frais professionnels « en matière de transport, de repas et d'hébergement » sont dus au salarié détaché. C'est le montage le plus fréquemment redressé — faire tomber le logement et les repas dans l'enveloppe salariale pour atteindre le minimum sur le papier. Les barèmes applicables sont ceux de la branche, détaillés sur nos pages petits déplacements et grand déplacement.

Ce que le BTP ajoute : caisses de congés, intempéries et carte professionnelle

Le 7° du noyau dur soumet l'employeur étranger aux conditions d'assujettissement aux caisses de congés et d'intempéries. Une entreprise portugaise ou polonaise qui envoie une équipe sur un chantier français ne peut donc pas gérer les congés selon ses propres règles : elle entre dans le régime du réseau CIBTP, dont le fonctionnement est décrit sur notre page congés payés BTP. Le même raisonnement vaut pour le chômage-intempéries, indemnisation propre au secteur.

S'y ajoute la carte d'identification professionnelle. Elle est obligatoire pour tout salarié intervenant sur un chantier, détaché compris, et c'est l'employeur — ou l'entreprise de travail temporaire pour un intérimaire — qui la demande avant le début de l'intervention. L'article R8291-3 met la redevance à la charge de l'employeur et en confie la fixation à l'association CIBTP France, qui la fixe à 9,80 € par carte commandée depuis le 1er novembre 2020 — un montant qui couvre la fabrication, l'expédition et l'assistance téléphonique, pas une taxe proportionnelle au salaire.

Les deux formalités préalables

Avant le début de la prestation, l'employeur étranger adresse une déclaration à l'inspection du travail du lieu où débute le chantier, et désigne un représentant sur le territoire national chargé d'assurer la liaison avec les agents de contrôle pendant toute la durée de l'intervention (article L1262-2-1). Ces deux obligations sont distinctes : déclarer sans désigner de représentant reste un manquement.

Le donneur d'ordre vérifie — et paie s'il ne l'a pas fait

L'article L1262-4-1 impose au maître d'ouvrage ou au donneur d'ordre de vérifier, avant le détachement, que son cocontractant s'est acquitté de ses obligations déclaratives — et de faire la même vérification pour chaque sous-traitant, direct ou indirect, ainsi que pour toute entreprise de travail temporaire à laquelle il est fait appel. Avant de signer, il doit en outre s'assurer que son cocontractant a bien réglé les amendes déjà prononcées contre lui.

Le manquement à la déclaration préalable expose à une amende administrative d'au plus 4 000 € par salarié détaché, portée à 8 000 € en cas de réitération dans les deux ans suivant la notification de la première amende, le total ne pouvant excéder 500 000 € (article L1264-3). Sur un chantier employant quinze compagnons non déclarés, le calcul est vite fait.

Détachement et travail dissimulé ne se confondent pas : le premier est une situation légale assortie d'obligations, le second une infraction. Un détachement déclaré mais payé sous les minima bascule toutefois dans le champ du travail illégal, expressément visé au 10° du noyau dur — les suites sont décrites sur notre page travail non déclaré dans le BTP.

Ne pas confondre non plus avec l'embauche directe : un salarié détaché reste employé par son entreprise d'origine, alors qu'une société française qui recrute elle-même un ressortissant hors UE dépose un dossier d'autorisation de travail BTP, instruit sur le salaire promis au poste. Deux procédures distinctes, deux planchers de rémunération à vérifier séparément.

Sources : Code du travail, art. L1262-4 (noyau dur applicable au salarié détaché), L1262-2-1 (déclaration préalable et représentant en France), L1262-4-1 (vérifications du maître d'ouvrage et du donneur d'ordre), L1264-1 et L1264-3 (amendes administratives), R8291-3 (redevance de la carte d'identification professionnelle) — code.travail.gouv.fr, consultées le 31 juillet 2026 ; montant de la redevance — cibtp.fr, consulté le 18 août 2026. Information indicative, non contractuelle.