Minima de la Convention nationale 2026-2031 en zone Genève-Vaud, permis G, cotisations, droit d'option maladie et fiscalité — uniquement des montants vérifiés, en francs suisses
Le gros œuvre suisse vient de changer de cadre : la Convention nationale (CN) 2026-2031 du secteur principal de la construction s'applique depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, et le Conseil fédéral l'a étendue à toutes les entreprises de la branche (force obligatoire, arrêté du 5 mars 2026). Pour un maçon d'Annemasse ou un coffreur de Saint-Julien, la question n'est donc plus « combien paie la Suisse ? » mais « que garantit la CN dans ma zone, et que reste-t-il après le système social et fiscal helvétique ? ». Tous les montants ci-dessous sont en francs suisses (CHF) : les convertir en euros avec un taux approximatif fausserait la comparaison.
La CN classe les ouvriers du gros œuvre en cinq niveaux — du manœuvre (classe C) au chef d'équipe (classe CE) — et module ses minima selon trois zones salariales. L'arc lémanique est en zone rouge, la mieux payée. Base annuelle : 2 112 heures (40,5 h par semaine en moyenne), le taux horaire ci-dessous s'entend donc hors 13ᵉ salaire, qui s'y ajoute (8,3 % du salaire annuel pour les payés à l'heure).
| Classe | Profil | CHF / mois | CHF / heure |
|---|---|---|---|
| C | Travailleur de la construction sans connaissances professionnelles | 4 885 | 27,75 |
| B | Travailleur de la construction avec connaissances professionnelles, sans certificat | 5 458 | 31,00 |
| A | Travailleur qualifié reconnu par l'entreprise | 5 776 | 32,80 |
| Q | Travailleur qualifié titulaire d'un certificat reconnu (type CFC) | 5 988 | 34,00 |
| CE | Chef d'équipe (ex-classe V) | 6 702 | 38,10 |
Les zones bleue et verte (autres régions) affichent des minima inférieurs de quelques points — et l'affectation d'un canton à une zone peut varier selon la classe : ne transposez pas cette grille hors de Genève et Vaud sans vérifier le texte. Aucune hausse des salaires effectifs n'est prévue en 2026 ; au 1ᵉʳ janvier 2027, la CN prévoit une adaptation couvrant 80 % du renchérissement constaté fin septembre 2026.
À Genève s'ajoute un plancher légal cantonal, tous secteurs confondus : 24,59 CHF/h depuis le 1ᵉʳ janvier 2026 (OCIRT). Il ne joue aucun rôle pratique dans le gros œuvre — la classe C de la CN est déjà à 27,75 CHF/h — mais il protège les emplois hors convention.
L'autorisation frontalière UE/AELE (permis G) suppose seulement de rentrer à son domicile principal au moins une fois par semaine — les anciennes zones frontalières ont été supprimées, on peut habiter n'importe où en France et travailler dans toute la Suisse. Validité : 5 ans pour un CDI ou un CDD de plus d'un an, la durée du contrat sinon ; une mission de 3 mois au plus par année civile se contente d'une procédure d'annonce en ligne, sans permis. La demande passe par l'employeur (qui est d'ailleurs solidaire des émoluments — 70 CHF dans le canton de Vaud), et l'activité peut commencer dès le dépôt du dossier.
Les retenues salariales fixes sont légères : 5,3 % pour l'AVS/AI/APG (vieillesse, invalidité, perte de gain) et 1,1 % d'assurance chômage, soit 6,4 % du brut. S'y ajoutent deux postes variables : la prime d'accidents non professionnels (AANP, à la charge du salarié, taux selon l'assureur de l'entreprise) et le 2ᵉ pilier LPP (prévoyance professionnelle, obligatoire dès 22 680 CHF/an, cotisation croissant avec l'âge, employeur au moins à moitié). Au total, la part salariale se situe couramment entre 12 et 16 % du brut — fourchette indicative, hors impôt à la source et hors assurance maladie, qui se paie séparément.
Côté additions : le 13ᵉ salaire conventionnel, une indemnité de repas de midi d'au moins 16 CHF quand le retour à domicile est impossible (art. 55 CN), et à Genève un forfait journalier de 25 CHF couvrant déplacement et repas, plus une pause matinale de 15 minutes payée. Rien de tout cela n'existe dans le brut français : c'est l'une des raisons pour lesquelles brut suisse et brut français ne se comparent pas terme à terme.
Le frontalier dispose d'un droit d'option : s'assurer à la LAMal suisse ou rester à l'assurance maladie française. Le choix doit être exercé dans les 3 mois suivant la prise d'emploi — passé ce délai, la LAMal s'applique d'office — et il est irrévocable, sauf reprise d'activité après chômage, changement de statut ou déménagement dans l'autre pays. En restant côté français, la cotisation 2026 est de 8 %, calculée par l'Urssaf sur le revenu fiscal de référence après un abattement de 25 % du plafond de la Sécurité sociale. Un arbitrage à faire avant de signer, pas après.
Deux régimes coexistent, hérités de l'accord franco-suisse du 11 avril 1983. Dans les huit cantons signataires — Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura, Berne, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Soleure — le salarié du privé qui rentre en règle générale chaque jour en France est imposé en France : il remet chaque année à son employeur l'attestation de résidence fiscale n° 2041-AS avant le 1ᵉʳ janvier, faute de quoi le prélèvement à la source suisse s'applique.
Genève n'a pas signé cet accord : le salaire y est imposé à la source, puis déclaré en France, qui neutralise la double imposition par un crédit d'impôt égal à l'impôt français correspondant. Même chantier, deux mécaniques fiscales — le canton de l'employeur pèse autant que le salaire affiché.
En cas de perte d'emploi, le frontalier résidant en France s'inscrit à France Travail : l'allocation est calculée sur les salaires perçus en Suisse, selon les mêmes règles que pour une activité française, sans exiger de période travaillée en France (périodes attestées par le document U1 délivré côté suisse). Un chantier suisse ne coupe donc pas du filet français — voyez aussi notre comparatif des statuts si l'intérim fait partie de vos options au retour.
Sources : arrêté du Conseil fédéral du 5 mars 2026 étendant la CN 2026-2031 (FF 2026 564, fedlex.admin.ch) et texte de la CN publié par la Société Suisse des Entrepreneurs (organisation signataire) ; sem.admin.ch (permis G) ; ge.ch/OCIRT (salaire minimum cantonal 2026) ; mémentos officiels AVS/AI 2.01 et 2.08 (ahv-iv.ch) et bsv.admin.ch (montants LPP 2026) ; ameli.fr et urssaf.fr (droit d'option et cotisation frontalier) ; impots.gouv.fr (salariés en Suisse) ; unedic.org (chômage du frontalier). Consultées le 10 juillet 2026. Montants indicatifs en CHF, non contractuels.