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14 septembre 2026·5 min de lecture·Par Camille Herbelot

Préavis de démission dans le BTP : deux semaines pour un ouvrier, deux mois pour un ETAM

Les sources sont citées section par section. Montants de salaire : estimations de l'éditeur, sauf mention contraire.

Préavis de démission dans le BTP : deux semaines pour un ouvrier, deux mois pour un ETAM

Un ouvrier du bâtiment qui démissionne après quatre ans d'ancienneté doit deux semaines de préavis. Licencié le même jour, dans la même entreprise, il en aurait eu deux mois. Les deux durées figurent dans le même article de la même convention collective, à quelques lignes d'écart.


La loi ne tranche pas, elle renvoie

Le licenciement a son plancher légal. La démission, non. L'article L1237-1 du code du travail, en vigueur depuis le 1er mai 2008, pose que « l'existence et la durée du préavis sont fixées par la loi, ou par convention ou accord collectif de travail », et qu'à défaut ce sont « les usages pratiqués dans la localité et dans la profession » qui commandent.

Autrement dit, chercher la durée dans le code est une impasse. Elle se trouve dans la convention de l'employeur, et elle dépend de trois choses : le statut, la taille de l'entreprise pour les ouvriers du bâtiment, et le rattachement au bâtiment ou aux travaux publics.


Les durées applicables, statut par statut

Les durées applicables, statut par statut
Statut (convention)Préavis en cas de démission
Ouvrier bâtiment, jusqu'à 10 salariés (IDCC 1596)2 jours jusqu'à 3 mois d'ancienneté, 2 semaines au-delà
Ouvrier bâtiment, plus de 10 salariés (IDCC 1597)2 jours jusqu'à 3 mois, 2 semaines au-delà
Ouvrier travaux publics (IDCC 1702)2 jours jusqu'à 3 mois, 2 semaines au-delà
ETAM bâtiment (IDCC 2609)1 mois avant 2 ans d'ancienneté, 2 mois à partir de 2 ans
ETAM travaux publics (IDCC 2614)1 mois avant 2 ans, 2 mois à partir de 2 ans

Les trois lignes du haut sortent des textes eux-mêmes, article 10.1 des conventions ouvrières du bâtiment du 8 octobre 1990 et de la convention des ouvriers des travaux publics du 15 décembre 1992, consultés sur Légifrance. Les deux lignes du bas viennent de l'article 8.1 des conventions ETAM du 12 juillet 2006, telles que les publie le code du travail numérique.

Ce qui frappe sur ce tableau : l'ancienneté n'achète rien à un ouvrier. Deux semaines à trois mois de maison, deux semaines à vingt ans.


L'asymétrie avec le licenciement, dans le même article

Le même article 10.1 fixe le préavis dû par l'employeur qui licencie : deux jours jusqu'à trois mois, deux semaines de trois à six mois, un mois de six mois à deux ans, deux mois au-delà. La progression y existe, elle est simplement à sens unique.

Cette gradation est celle qu'utilise le calculateur d'ancienneté BTP, qui raisonne sur le licenciement. Un salarié qui pose sa démission ne doit donc pas s'y fier pour estimer sa propre sortie : les deux régimes n'ont ni la même base ni la même logique.


Un cas où la durée n'est pas publique : les cadres

Pour les cadres du bâtiment (IDCC 2420), la fiche du code du travail numérique renvoie à l'article 7.1 de leur convention sans en publier la durée, et signale que ces dispositions n'ont pas été étendues : elles ne s'imposent qu'aux entreprises adhérentes d'une organisation signataire.

Il n'existe donc pas de réponse générale à donner ici pour un cadre, et en inventer une serait pire qu'un silence. Le contrat de travail, l'accord d'entreprise et le texte intégral de la convention sont les seules sources fiables dans ce cas de figure, et l'usage de la profession prend le relais si aucun des trois ne dit rien, comme y renvoie l'article L1237-1.


Ce que coûte un départ anticipé

L'article 10.12 des conventions ouvrières le dit sans détour : la partie qui n'observe pas le préavis doit à l'autre une indemnité égale au salaire correspondant à la durée restant à courir. Un compagnon à 2 300 € brut qui s'en va du jour au lendemain expose donc environ 1 060 € (2 300 × 12 ÷ 52 × 2, calcul indicatif) sur son solde de tout compte.

Trois points à connaître avant de poser sa lettre :

•la faute grave permet un départ immédiat de part et d'autre, sans que ces délais s'appliquent (article 10.13) ;
•côté ETAM, la convention autorise expressément une durée plus courte si les deux parties en conviennent, ce qui se négocie mieux avant la lettre qu'après ;
•une démission n'ouvre pas droit à l'allocation chômage dans le cas général, à la différence des ruptures comparées sur comparatif des ruptures de contrat BTP.

Avant d'envoyer la lettre

La première chose à vérifier n'est pas la durée, c'est la convention appliquée : elle figure sur le bulletin de paie, et c'est elle qui désigne la ligne du tableau ci-dessus. Les cinq textes cités ici sont recensés sur la page conventions collectives du BTP, et les droits attachés au solde de tout compte sur droits et salaire dans le BTP.

⚠ Article fourni à titre informatif et indicatif uniquement. Les informations juridiques et chiffrées présentées sont issues de sources officielles à la date de publication, mais peuvent évoluer. Elles ne constituent pas un conseil juridique, financier ou professionnel personnalisé. Pour votre situation individuelle, consultez un avocat, votre syndicat ou l'Inspection du Travail.
Sources : offres d'emploi France Travail / Batiactu / Indeed, conventions collectives BTP (Légifrance), organismes de qualification (Qualibat, Qualifelec), INRS. Données indicatives, non contractuelles.

Questions fréquentes

Quelle durée de préavis doit un ouvrier du bâtiment qui démissionne ?

Deux jours de la fin de la période d'essai jusqu'à trois mois d'ancienneté, puis deux semaines au-delà, quelle que soit l'ancienneté atteinte ensuite. La règle est identique dans les deux conventions du bâtiment du 8 octobre 1990, celle des entreprises de dix salariés au plus (IDCC 1596) et celle des entreprises plus grandes (IDCC 1597), à leur article 10.1, et dans la convention des ouvriers des travaux publics du 15 décembre 1992 (IDCC 1702), au même numéro d'article. Textes lus sur Légifrance le 14 septembre 2026.

Un ETAM du BTP a-t-il le même préavis de démission qu'un ouvrier ?

Non, il est nettement plus long : un mois en dessous de deux ans d'ancienneté, deux mois à partir de deux ans, aussi bien dans le bâtiment (IDCC 2609) que dans les travaux publics (IDCC 2614), à l'article 8.1 de chacune de ces conventions du 12 juillet 2006. Les deux textes permettent de convenir d'une durée plus courte, mais l'accord de l'employeur est nécessaire : la réduction ne se décide pas seul (fiches du code du travail numérique, mises à jour le 5 février 2024).

Que risque un salarié du BTP qui part sans effectuer son préavis ?

La convention prévoit une indemnité due à l'employeur, égale au salaire correspondant à la durée de préavis restant à courir au moment du départ. Elle joue dans les deux sens : l'employeur qui ne respecte pas le préavis doit la même chose au salarié. Sur un brut mensuel de 2 300 €, deux semaines représentent environ 1 060 € (calcul indicatif : 2 300 × 12 ÷ 52 × 2).