D'après des sources officielles : Légifrance, BMO France Travail, DARES.
Une offre arrive avec 150 € de brut en plus. La tentation est immédiate, l'arithmétique semble simple. Elle ne l'est pas, parce que certains droits vous suivent et d'autres disparaissent le jour où vous signez ailleurs.
Le BTP a ceci de particulier qu'il mélange les deux, dans des proportions que peu de salariés connaissent avant d'y être confrontés.
Les congés payés. C'est la singularité majeure du secteur. Les congés ne sont pas gérés par l'entreprise mais par une caisse professionnelle, la CIBTP, à laquelle les employeurs du bâtiment et des travaux publics cotisent. Vos droits restent donc attachés à vous, pas à votre contrat, et se cumulent d'un employeur à l'autre au sein du régime. Un changement d'entreprise en cours d'année ne fait pas perdre les jours acquis. Le fonctionnement détaillé est expliqué dans notre article sur les congés payés et la CIBTP.
Vos qualifications et habilitations. CACES, habilitations électriques, AIPR, certifications de spécialité : elles vous appartiennent et restent valables tant qu'elles ne sont pas périmées. C'est le capital le plus solide d'un parcours dans le secteur, et la raison pour laquelle une entreprise qui finance les recyclages vous rend service au-delà de son propre intérêt.
Vos droits à la retraite. Ils sont acquis définitivement à mesure des cotisations versées, quel que soit l'employeur.
L'ancienneté. C'est le poste de perte principal, et il est presque toujours sous-estimé. L'ancienneté conditionne la durée du préavis, le montant de l'indemnité en cas de licenciement, l'accès à certains dispositifs internes, et parfois une prime dédiée selon les accords applicables. Onze années d'ancienneté représentent une valeur réelle, invisible sur la fiche de paie mensuelle, qui disparaît intégralement au premier jour du nouveau contrat.
La période d'essai. Elle se repasse, avec ce qu'elle implique de fragilité temporaire. Sur un poste où le carnet de commandes de l'entreprise se dégrade, la différence n'est pas théorique.
Le positionnement dans la grille. Rien n'oblige un nouvel employeur à reprendre le coefficient précédent. Il correspond à des fonctions exercées, pas à un titre acquis. Vérifier ce point avant de signer évite une mauvaise surprise : notre décodeur de classification BTP permet de contrôler la cohérence entre le poste proposé et le coefficient annoncé.
Reprenons l'exemple. Sur douze mois, 150 € de brut supplémentaire représentent 1 800 € brut annuel, soit environ 1 408 € net au taux ouvrier. Mettons ce gain en face de ce qui se perd :
Autrement dit, une hausse de brut peut être intégralement absorbée par des lignes annexes. Notre article sur ce qui se joue hors du salaire détaille ces mécanismes, et le convertisseur brut/net permet de chiffrer chaque scénario.
Un changement d'employeur n'est pas toujours un choix. Le CDI de chantier prend fin avec l'opération pour laquelle il a été conclu, selon des règles propres que nous détaillons dans notre article sur le CDI de chantier. Anticiper cette échéance vaut mieux que la subir : la fin d'un chantier se voit venir des mois à l'avance, et c'est la meilleure fenêtre pour négocier une suite, en interne ou ailleurs.
Avant de comparer deux montants, il vaut mieux se demander ce que le nouveau poste ajoute au parcours : une habilitation financée, une responsabilité d'équipe, un type de chantier qui n'existe pas chez l'employeur actuel. Ces éléments-là restent acquis, quand la différence de brut, elle, se rattrape souvent en interne. Notre guide négocier son salaire dans le BTP construit l'argumentaire chiffré correspondant.
Perd-on ses congés payés en changeant d'entreprise dans le BTP ?
Non : ils sont gérés par la caisse professionnelle CIBTP et restent attachés au salarié, à condition que la nouvelle entreprise soit affiliée au régime.
L'ancienneté se transfère-t-elle d'un employeur à l'autre ?
Non : elle repart de zéro, avec le préavis, l'indemnité de licenciement et les dispositifs qui en dépendent.
Une offre à 150 € de plus vaut-elle le changement ?
Seulement après avoir chiffré ce qui se perd : ancienneté, période d'essai, zone de déplacement et panier repas peuvent absorber le gain.
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Non, et c'est une particularité du secteur. Les congés sont gérés par une caisse professionnelle, la CIBTP, et non par l'employeur. Les droits acquis restent attachés au salarié et se cumulent d'un employeur à l'autre au sein du régime, à condition que la nouvelle entreprise y soit également affiliée. C'est l'un des rares droits véritablement portables du secteur.
Non. L'ancienneté conventionnelle repart de zéro à chaque nouvelle embauche, et avec elle tout ce qui en dépend : la prime d'ancienneté quand elle existe, le niveau d'indemnité de licenciement, la durée du préavis, parfois l'accès à certains dispositifs internes. C'est le poste de perte le plus lourd d'un changement d'entreprise, et le moins visible.
Cela dépend de ce qui se perd en face. Il faut mettre en regard l'ancienneté remise à zéro, la période d'essai à repasser, l'éventuelle prime liée aux résultats de l'année en cours, et les conditions de déplacement du nouveau poste. Un gain de brut peut être absorbé par une zone de déplacement moins favorable ou un panier repas inférieur.